Hier soir j'ai été rassuré, … Éteindre une bougie d'anniversaire est encore dans mes capacités !
La nuit a été excellente malgré le vent qui soufflait en rafale et secouait à grand bruit les fenètres . Ce matin le ciel est clair pour prendre la direction du COL DE FENESTRE / 2477 m...

Bonne nouvelle, ce sera le seul col de la journée . La montée est relativement rapide et agréable du fait de l'orientation du vallon ...une grande partie de l'itinéraire reste dans
l'ombre. Elle est également rapide car, ce matin, j'ai décidé de tirer un peu sur les jambes !
Tout cela sur un ancien chemin militaire trés correctement empierré et parfois pavé ! Le secteur est une zone frontière avec de nombreux forts et casernements aussi bien du côté italien que français... La triple alliance de la fin du XIX° siècle et la période du fascisme ont laissé de nombreuses traces tout au long de cette frontière ! J'arrive rapidement au col et retrouve deux sympathiques français, en vacances dans la région et également venus par le versant italien. Je les informe de quelques détails sur mon long itinéraire; ils
m'offrent un grand morceau de pain frais.
Après une bien necessaire pause casse-croute et quelques petits conseils donnés à une randonneuse qui termine et rejoint le col dans un triste état, je reprends tranquillement la descente vers le refuge de LA MADONE DE FENESTRE / 1912 m, au milieu de nombreux randonneurs et touristes venus jusqu'au col ou sur les bords du beau Lac de FENESTRE... Il y a même un pêcheur, manifestement optimiste, mais un peu perdu au milieu de tous ces visiteurs. Avec ces bruits et cette agitation, les truites ont du fuir sous les rochers ou descendre s'abriter au fond ...quant au pecheur , à défaut de poisson, il aura pris l'air !
Je n'ai plus l'habitude de voir autant de monde en un seul endroit .Cela frise la surfréquentation... Certains, appareils photo en bandoulière se précipitent vers des bouquetins effrayés et réfugiés dans les blockhaus, les petits apeurés, bêlant sur les rochers...
Ces vestiges militaires ont certainement trouvé là leur meilleure usage ! Pendant ce temps les vallées voisines restent désertes...et c'est navrant et regrettable !
Quant à l''itinéraire de descente, il est largement piétiné et des raccourcis "sauvages" dégradent la pelouse alpine déjà bien sèche et poussiéreuse. En Vanoise, certains raccourcis sont recouverts de grosses pierres afin de les rendre impraticables et remettre ainsi les randonneurs dans le droit chemin !
Récemment dans les Alpes Italiennes, j'ai également remarqué la présence de panneaux attirant l'attention des randonnées sur les risques d'érosion des sols... Ils auraient également toute leur place sur ces pentes !

Arrivé au refuge, je m'installe dans le grand dortoir . Il y a beaucoup de monde dans cet imposant refuge situé imédiatement à côté d'un non moins vaste parking. En effet, l'endroit est le point de départ d' un certain nombre de circuits pédestres dans le Parc National du MERCANTOUR, dont le GR 52. Je demande quelques renseignements sur l'itinéraire au sympathique gardien afin d'organiser au mieux la journée de demain. En fait, si tout se passe bien je voudrais poursuivre jusqu'au Refuge de VALMASQUE...Il me confirme que c'est possible !
Retour aux taches domestiques. En cette chaude après midi, il y a un grand soleil et le linge lavé est rapidement sec. Il pourra reprendre sa place, propre et rangé à l'intérieur du sac !
Repas correct mais je ne suis plus en Italie et cela se voit dans l'assiette ! Retour rapide dans le dortoir... Demain matin, je vais essayer de partir tôt !
Hier soir, repas et veillée partagée avec un sympathique groupe de grimpeurs de GENES... Il y a de très belles voies d'escalade sur les parois autour du refuge et le rocher est excellent. Autant de raisons qui font de l'endroit un lieu trés fréquenté par les cordées .
Comme trés souvent dans les refuges italiens, le repas du soir était excellent et les plats de polenta et de viande en sauce n'ont pas résisté à notre appetit !
Ce matin, je me lève tôt. Seul sur la terrasse du refuge, j'ai la chance d'apercevoir de nombreux bouquetins, dont certains très jeunes. Sans crainte. Ils s'approchent à quelques mètres pour lécher les traces de ciment laissées lors de récents travaux. C'est du bonheur pour le photographe ... Je surprends une jeune femelle allaiter son chevreau ! Instant rare et fugitif mais il faut partir.. Après avoir terminé la préparation du sac , pris une dernière photo du refuge dans son desert minéral, je prends la direction du COLLE DEL CHIAPOUS / 2533 m et situé au dessus et à l'est du refuge.
La journée d'hier s'était terminée sur des pierriers... Je repars dans les mêmes conditions et sur un "terrain" aussi difficile.
Le plus remarquable est d'avoir réussi à tracer et à "bâtir" un sentier sur un tel relief ! J'arrive au col pour découvrir l'itinéraire de descente sur un versant herbeux, raide et déjà au soleil ! J'essaie de ne pas perdre de temps dans la descente vers le LAGOS DI CHIOTAS / 1980 m, malgré les vastes et longs lacets du sentier. Quelques chamois aussi craintifs que curieux m'observent de loin et le passage de quelques randonneurs finit de les eloigner ...trés haut dans les pentes !
Je me rapproche du lac...En fait, c'est un barrage et l'itinéraire passe d'abord sur la voûte principale avant de redescendre légèrement pour traverser un tunnel, puis remonter sur l'autre versant le long d'un déversoir. Randonneurs et familles sont venus en nombre passer la journée au bord du lac où se trouve également un refuge.
Arrivé sur l'autre rive , je retrouve le sentier qui conduit au COLLE DI FENESTRELLE / 2463 m, le deuxième col de la journée. Il fait chaud...Pourtant, il faut y aller ! Je prends le temps d'une rapide pause dejeuner : du pain acheté aux thermes et deja bien sec et un morceau de fromage qui commence à etre largement " à point " aprés deux jours au fond du sac !

Une première traversée d'alpage juste au dessus du lac puis une longue montée en lacets sur de raides versants herbeux, et me voila rapidement dans les pierriers et les éboulis. Plus haut, le sentier prends alors nettement la direction du col ou je pense arriver rapidement ...En fait, il me faudra légèrement redescendre pour contourner une petite combe avant d'en terminer avec les dernieres pentes .Il y a très peu de randonneurs et cette relative tranquillité permet aux bouquetins de brouter paisiblement aux abords du col, en particulier un vieux male et quelques étagnes suivies de leur progéniture...C'est un spectacle dont je ne me lasse pas ! L'endroit est desert, austère et balayé par un petit vent frais. J'apprécie particulierement ces instants de calme qui viennent aprés l'effort ...coup d'oeil sur le nouveau paysage qui s'ouvre sur une haute vallée au fond de laquelle il me semble apercevoir l'abri d'un soir , mais aussi la vegetation , les sommets, sans oublier le ciel et les prémices d'un eventuel changement de temps...Contemplatif peut-etre mais que d'un oeil . Ces instants de plénitude sont trés particuliers aux aprés midi en montagne, surtout lorsque l'on a la maitrise du temps et de l'espace qui reste a parcourir avant l'arrivée de la nuit et accessoirement de la météo ! C'est également le privilège des longs itinéraires...au cours desquels le mot itinérance prends tout son sens !
Ne pas faire demi-tour...ne pas rentrer. Surtout pas ce soir !
La descente vers le RIFUGIO ELLENA-SORIA / 1796 m est rapide... peu de pierriers mais une belle pelouse alpine et toujours de grands lacets qui s'inscrivent dans les pentes. Tout en bas, j'aperçois le refuge construit sur un petit promontoire rocheux au dessus d'un alpage qui occupe le fond du vallon...Je devine également l'itinéraire de demain et le prochain col qui marquera le retour en France pour quelques étapes dans le Parc National du MERCANTOUR...Il est là, juste en face !
Je termine la descente en me laissant volontiers distraire par de nombreux chamois curieux mais vigilants !
Accueil trés sympathique et chaleureux au refuge, que j'avais pris soin de prévenir quelques jours auparavant. Le gardien me confirme que l'endroit est fréquenté par de nombreux bouquetins, particulièrement au printemps lorsque les animaux se rassemblent en un grand troupeau avant de se partager le territoire puis se séparer pour l'été.
L'épouse du gardien, originaire des PHILIPPINES est attirée par le bracelet tissé orange que je porte au poignée. Je lui explique que je l'ai acheté à un moine à LUANG PRABANG au LAOS . Elle est surprise et étonnée au point de vouloir le toucher !
Ce soir pasta, viande, riz et légumes... Comme à l'accoutumé dans les refuges Italiens, le repas est vraiment délicieux et copieux. J'oubliais la tarte décorée d'une bougie et qui sera partagée entre les quatre randonneurs présents !
Avant de rejoindre le petit dortoir, je descends les quelques marches devant le refuge pour degourdir les jambes sur le sentier . Le vent du soir s'est levé et vient accompagner la brume qui s'accroche aux sommets voisins dont la Cime du GELAS. Malgré moi je frissonne ...Le vent froid, un peu de fatigue ou la nostagie du temps qui passe ?
J'apercois le gardien qui revient avec son chien d'une petite marche au fond du vallon ...Je rentre au refuge avec lui . Bonne nouvelle, le grand beau est annoncé pour demain .

C'est le roi Victor Emmanuel II qui posa la première pierre pour la construction de l'Hôtel Royal où j'ai dîné hier soir et, ce matin, pris le petit déjeuner.
Les Thermes de VALDIERI sont situés dans la haute vallée du GESSO et ses eaux sont connues depuis très longtemps. Elles jaillissent à une température de 64 C° et un pH alcalin de 9,4... Ce sont des eaux sulfureuses.
Les soins alternent bains d'algues sulfurées, piscine et exposition dans des grottes naturelles...
Vous en savez autant que moi...Faute de temps je ne verifierai ni la temperature de l'eau ni la douceur des massages !
Il me faut reprendre sac et bâtons pour rejoindre le RIFUGIO MORELLI-BUZZI / 2351 m, la prochaine étape... La réaction sudorifique ne se fera ni dans les grottes ni dans une chambre de repos !
Du gîte, je rejoins facilement le sentier du refuge situé au fond et tout en haut du sauvage Vallon de LOUROUSA.
Le sentier, particulièrement bien tracé, déroule d'amples lacets dans des pentes boisées, sur le flanc gauche, avant de pénétrer et s'engager plus avant vers le haut du vallon.
Cette longue et pénible montée se termine par de courts virages sur une moraine essentiellement formée de gros débris rocheux. Heureusement, le sentier reste très praticable et fréquemment couvert de grosses dalles de pierres !
Le refuge que j'aperçois peu avant de l'atteindre est situé sur un promontoire rocheux, au milieu de vastes pierriers. Quelques photos témoignent des différentes étapes de sa construction, laquelle a dû être, à l'époque, un véritable défi !
Dés l'arrivée, je m'installe dans un coin tranquille avant d'aller sous la douche puis terminer la journée sur la terrasse du refuge que quittent les derniers randonneurs montés pour la journée.. Ce soir le temps est brumeux mais laisse entrevoir une magnifique mer de nuages éclairée par les derniers rayons du soleil. Ce soir, changement d'année... La polenta est au menu !
Demain, il y aura deux cols au programme . Ce sera la dernière étape avant le retour en FRANCE pour une traversée du Massif du MERCANTOUR !
L'orage est terminé, la nuit a été calme et le beau temps annoncé pour la journée...
Voilà pour les bonnes nouvelles... la mauvaise est que le Rifugio QUESTA ou je devais m'arrêter pour la nuit est complet ! Il faut que je trouve une autre solution...
Avec l'aide du gardien et plusieurs échanges téléphoniques, je trouve finalement un hébergement dans un gîte aux TERMES DI VALDIERI / 1368 m, plus loin et plus bas dans la vallée. Pourtant la journée s'annonçait plutôt tranquille… Elle sera
beaucoup plus longue !
Par précaution, je réserve également les hébergements des étapes suivantes.
Aussitôt après le petit déjeuner, je prends la trace pour le COLLETTO DE VALSCURA / 2570 m. Comme le vallon où se trouve le refuge est très étroit et les sommets et cols voisins très hauts, il va falloir attaquer la pente dés la sortie du refuge...! Le sentier est remarquablement tracé et balisé...Je prends rapidement de l'altitude pour atteindre d'abord le LAGOS MALINVERN, avant de poursuivre dans des pierriers, mais toujours sur un bon sentier, en direction du COLLETTO que j'atteins assez rapidement...
Depuis le col, j'aperçois le LAGHO DI VALSCURA juste en dessous !
Il s'agit d'un vaste et large vallon marqué par la présence d'importants ouvrages militaires et en particulier un massif et imposant casernement situé au dessus d'un lac.Un sentier conduit au RIFUGIO QUESTA...deja complet pour ce soir .Finalement, voyant le nombre de randonneurs qui montent au refuge, il me parait préférable de marcher quelques heures de plus pour aller dormir plus bas dans la vallée .


La descente se poursuit sur une ancienne route militaire empierrée au tracé impressionnant, pour traverser ensuite le superbe alpage de VALASCO. C'est une vaste et large prairie alpine, au centre de laquelle se trouve le beau Pavillon de Chasse du Roi Victor Emmanuel. En cette période estivale l'endroit est fréquenté par un nombre impressionnant de touristes et de vacanciers... Il en sera de même sur le chemin qui descend aux TERMES DI VALDIERI. Petit centre de villégiature construit autour de l'établissement thermal , dans un vallon trés etroit. Comme convenu au téléphone, je vais chercher les clefs de ma chambre à la réception du Grand Hôtel Thermal ...Quelques marches à franchir sur un tapis rouge, une grande porte avec de belles poignées en laiton doré et me voila dans un autre monde fait de curistes, de petits salons et de tasses de thé !C'est là que je prendrais le repas du soir et un petit excellent petit déjeuner... Royal vous dis je , malgré les tongues aux pieds. Il ne me manque que le peignoir, dernier accessoire à la mode et indispensable pour aller aux bains.
Retour dans ma modeste chambre située au deuxième étage d'une annexe de l'hotel , à une centaine de mètres de là . En réalité, c'est un gite d'étape bien indiqué sur les topos de la Grande Traversée des Alpes . Je termine la journée par quelques indispensables courses alimentaires qui finiront dans le sac : un gros pain, quelques saucissons et un morceau de fromage ...La bière fraiche est bue devant l'épicerie,sur la terrasse !